Les cours à l’université doivent-ils être créatifs ?   

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Des étudiants, interrogés sur le vif lors d’un micro-trottoir dans les rues de Louvain-la-Neuve (2010), ne sont pas tendres :  “le prof lit ses slides”, “les cours sont rébarbatifs”. Ils voudraient davantage être surpris : “faites-nous participer”, “faites-nous rire plus souvent”…

Les cours à l’université seraient-ils ennuyeux ? Devraient-ils être “différents” ? Différents en quoi ?

La “bonne vieille tradition” du cours ex cathedra a fait ses preuves depuis des centaines d’années : des millions d’étudiants ont été (bien) formés avec ce genre de cours; ils sont devenus les citoyens, responsables d’entreprises, personnages politiques,… qui font tourner (pas trop mal ?) le monde d’aujourd’hui. Pourquoi faudrait-il changer ?

Dans cette même vidéo, des enseignants donnent également leur point de vue. Ils présentent des innovations pédagogiques implémentées dans leur cours : rédaction du syllabus par les étudiants, débat sur base de cartoons, travaux de groupe, jeux de rôle … Ils y voient des effets positifs sur l’apprentissage : les étudiants posent plus de questions, ils sont métamorphosés, engagés et se montrent plus créatifs. Ce sont les enseignants qui sont alors surpris…

  • Alors, faut-il innover ou non dans l’enseignement supérieur ? Certains voudraient nous le faire croire, mais pourquoi ?
  • Pour ou contre le cours traditionnel ex cathedra ?
  • Comment rendez-vous vos cours intéressants ?

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11 commentaires

D'accord, pas d'accord, une idée ?


  1. Après cette phase créative qui a fait exploser plusieurs idées, je propose une phase convergente et un résumé des idées évoquées jusqu’ici ;-)
    Innover est indispensable car notre monde évolue de plus en plus vite.
    Mais l’innovation ne doit pas se faire n’importe comment : il faut se donner le temps de préparer les changements, de mesurer leur impact pour éviter les erreurs et préserver les objectifs de rigueur et d’esprit critique attendus pour les universitaires.
    Pour que les enseignants réussissent à se dégager le temps nécessaires pour innover, il faut que leur investissement soit reconnu, voir qu’ils puissent en faire l’objet de leur recherche.
    Le partage de pratique entre enseignants est une grande source d’innovation qui permet une mutualisation des essais-erreurs.
    L’innovation est un processus contextualisé qui suppose de prendre en compte plusieurs facteurs, comme le contexte institutionnel, le profil des apprenants, la taille du groupe, …
    Quelques pratiques actives évoquées : projets, lectures d’articles, contributions à un blog, demander des questions plutôt que des réponses, …
    Finalement, l’innovation doit être le moteur du processus de développement professionnel des enseignants, comme une micro-dynamique contribuant à la macro-démarche qualité institutionnelle.


  2. Plutôt que de parler de créativité ou d’innovation, je préfère parler de recherche continue de qualité des cours à l’université. D’un point de vue personnel, l’originalité est grisante, mais elle n’est ni nécessaire ni suffisante à l’amélioration de la qualité.

    En effet pour moi, il y deux limites à l’innovation. Tout d’abord, on peut diminuer la qualité d’un cours avec une innovation malheureuse. Ensuite, il est aussi possible d’améliorer un cours de manière non originale, en reprenant une idée ancienne ou récente d’un autre.

    Je suis enthousiaste de l’innovation, alliée à une bonne évaluation et connaissance de mes pratiques et de celles des autres.


  3. Je pense qu’outre rendre plus actifs les étudiants, il faut également présenter des activités variées, et/ou “professionnalisantes”.
    Il est également important de donner des feedbacks aux étudiants. Ainsi, je pense que réaliser des activités ayant ces différentes caractéristiques ne peut que motiver les étudiants, et redynamiser le cours.

    De manière générale, les TIC intéressent les étudiants, et offrent certains avantages qui permettent la réalisation pratique d’activités de groupe et le suivi par un tuteur. En tout cas si c’est bien pensé…

    Pour ma part, j’ai bénéficié d’approches par projet, de travaux de groupe, d’articles à lire et à présenter durant mon cursus universitaire, et la motivation était effectivement au rendez-vous. Ne fut-ce que parce que ces approches tranchaient avec les cours magistraux. Par contre, je ne pense pas qu’il faille tomber dans l’excès inverse, et changer tous les cours cathédraux, car alors, les projets et activités “autres” risqueront de lasser les étudiants (qui veulent de la variété), ou de les noyer sous un excès d’échéances. Avec certains profs, les cours cathédraux sont passionants, et pourraient être gardés tel quels.


  4. Intéressant débat. Mais à lire la question posée “les cours doivent-ils être créatifs?”, elle m’est tout de suite apparue duale: elle concerne à la fois le fond (la matière qui est enseignée) et la forme (quels procédés pédagogiques sont employés). La matière et la manière sont deux choses différentes et l’on ne peut pas employer n’importe quel procédé pédagogique avec n’importe quelle matière. Et l’on peut être créatif dans les deux aspects. Malheureusement, il existe aussi des matières rebutantes, ou des matières indispensables, des choses ardues, etc… Toutes ne se prêtent pas à des jeux de rôles ou à des blogs. Parfois, au sein d’un même cours il est possible de conjuguer les deux approches, mais pas toujours. Ensuite, “l’étudiant” est une personne fictive: en réalité, elle n’est ni unique ni homogène. Il existe plusieurs catégories d’étudiants, et cette co-existence doit être prise en compte dans la réponse à la question. On n’enseigne pas de la même manière en première année et en quatrième, devant 300 étudiants ou 20, etc… Et au sein d’un groupe co-existent des étudiants avec des capacités, des goûts et des motivations très différents. Bref, comment tenir compte de cette diversité de public avant de se lancer dans une démarche “créative”? Enfin, comment évaluer le résultat de cette approche différente? Par exemple, le fait qu’un étudiant me donne son avis et parle en cours ne me prouve pas qu’il intégre la matière et les compétences que je cherche à lui transmettre. Les référenciels de compétence qui se développent actuellement à l’UCL (par exemple à la LSM, à l’EPL) permettent, il me semble, de clarifier ce genre d’enjeux. Bref, d’accord pour être créatif, mais à condition que cela serve l’acquisition des compétences, ce qui exige un travail pédagogique préliminaire important, par exemple avant de commencer à faire des tours de magie devant les étudiants.


  5. Pour Paul Belleflamme : Merci pour le lien vers votre blog - très intéressant de découvrir cette nouvelle pratique, partagée avec plusieurs collègues en plus ! Pourriez-vous en dire un peu plus sur la manière dont vous exploitez ce blog avec les étudiants ? Les étudiants y postent-ils des commentaires ? En lien avec des travaux qu’ils doivent réaliser ? En discutez-vous dans l’auditoire ? Ou bien sert-il de support à des lectures préalables aux séances de cours ? Ou de support à étudier pour l’examen ?
    Merci…


  6. Pour faire un premier pas pour rendre les étudiants créatifs, on pourrait peut-être commencer par arrêter de leur demander les bonnes réponses et leur demander les bonnes questions …
    http://www.rolandpec.org/Le-double-saut-creatif.html


  7. Je suis tout à fait d’accord avec Mathieu : innover demande du temps et le temps est notre ressource la plus rare. Il faut donc chercher des complémentarités entre les innovations pédagogiques et nos activités de recherche, pour que le temps que nous consacrons à une activité ne soit pas nécessairement perdu pour l’autre. Un exemple qui va dans ce sens est le ‘péda-blog’ que j’ai lancé l’an dernier avec un collègue des FUSL. La fonction première est d’amener nos étudiants à réfléchir et à acquérir des connaissances par eux-mêmes, de préférence avant les cours. Un objectif secondaire (mais qui est devenu plus important au fur et à mesure que nous avons ouvert le blog à d’autres collègues) est de donner une vitrine à nos activités de recherche. Par ailleurs, comme le blog est multidisciplinaire (économie et droit), chaque contributeur nourrit sa propre réflexion par les contributions des autres Une nouvelle dynamique de recherche peut donc s’engager. Tout cela sans négliger le côté ‘fun’ du blog, tant pour les contributeurs que pour les étudiants (et pour les visiteurs extérieurs, dont le nombre ne cesse d’augmenter). Je terminerai en précisant que l’investissement en temps n’est pas énorme. Le retour sur investissement me parait donc tout à fait appréciable. Si vous voulez voir à quoi ça ressemble : http://www.IPdigIT.eu


  8. La créativité dans la classe, dans l’auditoire … avec rigueur, en tenant compte du temps. Oui, certainement. Je pense aussi en écoutant les avis des étudiants exprimés dans la vidéo qu’il nous faudra bien reconsidérer “l’espace-temps” de la formation : laissez-nous participer ! Une piqure d’apprentissage deux heures chaque semaine … c’est trop peu. Sauf, si on repense le précieux temps du présentiel comme une véritable occasion d’apprentissage et non pas seulement de transmission. Il y a presque 40 ans, j’étais en 1ére candi. Nicolas Rouche (prof. de maths) nous faisait lire chaque semaine un chapitre du cours et le temps en auditoire n’était consacré qu’à des questions-réponses, à des contextualisations, à des cas d’étude … Et avec les outils technos, bien réfléchis, qu’on ne me dise pas que “ça ne marche pas” ! La créativité, c’est aussi la nôtre … Si vous voulez poursuivre et approfondir cette notion de “flipped classrooms” (Lectures at Home et Homework at School) allez voir : http://bit.ly/Blogdemarcel


  9. L’innovation ne doit pas être un diktat, mais un état d’esprit. Elle doit être au service d’un objectif : favoriser les apprentissages.


  10. Dans le débat, il ne faut pas oublier que innover demande du temps, et que le temps étant limité, cela veut dire réduire autre chose. Il faut donc en même temps discuter sur quoi rogner le temps supplémentaire consacré à l’innovation pédagogique (qui me semble évidemment bonne, “toutes choses égales par ailleurs”).


  11. Il est indispensable d’innover : les mentalités, le rapport à la réalité, le sens de l’apprentissage, le goût de la connaissance, le besoin d’implication, tous ces aspects ont considérablement changé en quarante ans (moment où j’ai débuté mes enseignements). Mais l’innovation doit être TRÈS réfléchie, garder en tête l’objectif final : donner les capacités de pouvoir apprendre de manière autonome pendant toute sa vie. D’avoir non seulement toujours envie de comprendre mais d’être capable de mobilier soi-même les outils intellectuels nécessaires à cette compréhension. Si on n’y faut pas attention, on tombe vite dans le “gadget”, l’enseignement “flash”. L’apprentissage de la rigueur restera toujours une pièce centrale de l’enseignement, en particulier universitaire.