Les cours ex-cathedra, c’est bientôt fini ! De qui se MOOC-t-on ?   

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Vous en avez certainement entendu parler. Un Massive Online Open Course (en bref, un MOOC) est un cours en ligne ouvert à une large participation (on parle, pour certains de ces cours, de 100 000 inscrits) et distribué sur le Web. Par exemple, edX, démarré il y a quelques mois à l’initiative du Massachusetts Institute of Technology et de Harvard University, offre de tels cours complets (les vidéos d’enseignement, des parcours pédagogiques…) gratuitement. Ces cours, pour le moment, n’offrent pas de certification : ils sont considérés comme un enrichissement de l’enseignement (intégration dans des cours bien réels ceux-là) et de l’apprentissage. edX se présente d’ailleurs comme une association sans but lucratif. D’autres MOOCs se présentent dans le cadre de consortiums d’universités (triées sur le volet, image de marque et visibilité obligent) comme Coursera (lancé à la mi-2012) avec l’intention de mettre en place un modèle financier pour la validation des acquis des étudiants, devenus ainsi des courserians. A part quelques initiatives et implications (comme l’EPFL de Lausanne dans Coursera), l’Europe voire la francophonie s’interroge sur l’opportunité ou la nécessité d’emboîter le pas aux cousins d’Amérique du Nord (2013, l’année des MOOCs en français ? sur Thot Cursus). En fait, comme chaque fois qu’une nouvelle technologie apparaît (en particulier, dans le champ de l’éducation), ce sont, à la fois, des discours enthousiasmants et des méfiances rédhibitoires qui se manifestent. Déjà “le bon vieux” Socrates manifestait une telle inquiétude par rapport à … l’écriture, considérée comme une menace pour la tradition orale. Est-ce toujours ainsi plus de deux millénaires après ? Pour vous, ces technologies sont-elles un remède ou un poison ?

Les MOOC comme vecteur de transmission du savoir

Image : blog Inside Higher Education, http://www.insidehighered.com/news/2012/06/15/earning-college-credit-moocs-through-prior-learning-assessment

Certains présentent les MOOC comme une ressource parmi d’autres, une hyperbole du livre (le TextBook), du cédérom, de l’eLearning… Le savoir (les connaissances) est partout sur la toile, disponible et accessible. Michel Serres dans “Eduquer au XXIème siècle” nous dit : “Que transmettre ? Le savoir ? Le voilà, partout sur la Toile, disponible, objectivé. Le transmettre à tous ? Désormais, tout le savoir est accessible à tous. Comment le transmettre ? Voilà, c’est fait.” De tels cours qui transmettent le savoir sur la toile internet sont appelés des xMOOC, pour les distinguer des MOOC connectivistes, cMOOC (voir ci-dessous). Dans cet élan, d’autres prophètes vont plus loin et annoncent la fin du “campus” considéré comme un lieu de transmission des savoirs.

Les xMOOC sonnent-ils la fin des cours ex cathedra à l’université ? Dans quelques années, les étudiants belges choisiront-ils de prendre un cours à Harvard, un cours à Stanford, un cours au MIT… plutôt que des cours à l’UCL ?

Les MOOC comme opportunité de repenser l’enseignement universitaire

Les MOOC sont apparus à l’ère du Web 2.0, des réseaux sociaux, des blogs, des flux rss… Les premiers MOOC, les “vrais” selon les puristes, sont fondamentalement connectivistes : chaque apprenant apporte ses savoirs et les construit et les partage avec les autres. C’est le sens des cMOOC, des MOOC davantage inscrits dans le collectif, dans la mutualisation des savoirs et dans le tissu social qui relie ces savoirs et leur donne du sens. Le campus, loin d’être vidé de sa substance, de sa “matière”, pourrait ainsi retrouver du sens, le sens de notre Université inscrite dans la Cité.

Dès lors, certains y voient une occasion, une opportunité de repenser l’éducation. En effet, si on considère que l’enseignement n’est pas synonyme d’apprentissage, que les savoirs transmis n’équivalent pas à des connaissances acquises par les étudiants, que les technologies nous libèrent de ce devoir social de transmission pour mettre en place un véritable accompagnement des étudiants au travers de méthodes plus actives, plus interactives … ces cours en ligne à distance nous invitent à repenser le présentiel, à identifier les valeurs ajoutées de ce dernier dans le cadre de communautés d’apprentissage fertiles en développement de compétences, notamment celles liées au digital age.

Vite dit, mais cette mutation demandera de nombreux efforts car il ne s’agit pas seulement de nouvelles ressources, de nouveaux outils … mais surtout de changements dans nos mentalités, dans nos rapports aux savoirs, dans les rôles que nous, enseignants, serons amenés à endosser. Et vous, êtes-vous prêt à entrer dans ce virage pédagogique ? Ou alors, êtes-vous réservé par ce mirage technologique ?

Alors, les MOOC, menace ou opportunité pour l’université ?

C’est dans cet esprit de questionnement prospectif et d’enthousiasme informé et créatif que nous invitons la Communauté UCL à participer à une présentation de edX le 25 février. Elle sera faite par deux de ses acteurs principaux : le Professeur Anant Agarwal (président edX, MIT) et Johannes Heinlein (directeur edX, Harvard). Une belle occasion de réinventer ensemble l’éducation !

En attendant cet événement, nous attendons avec curiosité vos commentaires ci-dessous. Alors, pour vous, ces MOOC sont-ils une menace, une opportunité, une nécessité pour l’enseignement de demain ? Êtes-vous partants, réservés, enthousiastes, sceptiques … par rapport à cette r-évolution annoncée ? A vos plumes !

13 commentaires

D'accord, pas d'accord, une idée ?


  1. Sans avoir encore accédé à ce principe, je le trouve attirant. Il me semble pourtant que pour des jeunes étudiants (je suis une “ancienne” diplômée de 30 ans) rien ne remplacera le contact direct avec les professeurs ne fusse que pour leur donner le goût de l’effort personnel.
    Il faudra sans doute faire la part entre les différentes disciplines ? De plus, les préoccupations se placent surtout sur le financement d’une telle création et de l’approche internationale de ces nouvelles formules.


  2. Un grand bravo à l’UCL ! Je partage les préoccupations de surpopulation, logement, etc. Quand j’étais jeune mère de famille, j’ai dû interrompre mes études.
    Mais l’offre reste nettement insuffisante. Lorsqu’une université se lance dans pareille innovation, il faut y mettre les moyens : tant pour être crédible en termes de volume de l’offre que pour en assurer la diversité et avoir un impact : on joue en effet sur la scène de la globalisation du savoir avec ce moyen de communication. Ce n’est pas juste un “nice-to-do” !
    Un texte accrocheur ne compense pas ce qui peut être lu comme une prise pouls de l’audience-cible sans réel investissement. La poule et l’oeuf ?
    Merci de ce forum.
    Bon lancement !
    Anne


  3. bonjour , je suis entièrement d’accord avec cette nouvelle méthode , développée et étendue à plusieurs disciplines , les étudiants de toutes les contrées du monde pourront se former sans se déplacer . Donc il y a ici un avamtage èconomique certain , les cités universitaires seront moins surpeuplées…cette approche pédagogique est la bienvenue . merci


  4. Je pense que c’est l’avenir. Mon parcours d’étudiant à l’UcL il y a 20 ans a principalement été une succession de cours ex cathedra, séances de TP, et examens. 95% de cela peut avantageusement être remplacé par un MOOC. Bref, l’université classique des années 90 est pour moi quasi intégralement remplaçable par des MOOCs.

    Evidemment, la technologie peut supporter une pédagogie plus active (flipped classrooms, travaux de groupe) qui devrait augmenter les chances de réussites de l’étudiant.

    Le problème est évidemment le financement. D’un point de vue positif, la technologie devrait précisément permettre de libérer des moyens humains pour la création de MOOCs, en réutilisant les cours du voisin. On peut aussi imaginer (rêver) que l’Union Européenne mettre quelques milliards d’euros sur la table pour la création d’une université complète en MOOCs et en anglais (et plus?), avec diplômes à la clé.


  5. Merci beaucoup Paul !


  6. Pour poursuivre la réflexion, je viens de publier sur le péda-blog IPdigIT une série de trois articles à propos des aspects économiques des MOOCs :
    http://www.ipdigit.eu/2013/04/will-we-all-soon-be-hooked-on-moocs-1-introduction/
    http://www.ipdigit.eu/2013/04/will-we-all-soon-be-hooked-on-moocs-2-business-models/
    http://www.ipdigit.eu/2013/04/will-we-all-soon-be-hooked-on-moocs-3-educational-technology-and-prospectives/


  7. Voici une belle illustration vidéo des cMOOC, commentée par Thot :
    http://cursus.edu/dossiers-articles/articles/18978/prendre-main-ses-apprentissages-universite-concretement/

    La vidéo décrit un cours à l’université sans exposé ex cathedra, sans manuel de cours, mais où les étudiants recensent les ressources pertinentes sur le sujet traité, les partagent via des outils de social bookmarking, les discutent dans des blogs, contactent des experts, réalisent des travaux personnels publiés en ligne… sous la guidance tant méthodologique que de contenu de leur enseignante.


  8. - C’est une bonne occasion de revoir la formation en général, soit…c’est vrai. Mais c’est un enseignement en ligne pour une masse considérable d’étudiants. Et si on passait d’abord par le stade des cours en ligne bien pensés pour un nombre gérable d’étudiant ?
    - Maintenant d’un point de vue démocratisons l’enseignement, j’y vois une ouverture sans précédent. Mais comment les universités belges peuvent-elles couvrir matériellement les conceptions, infrastructures, charges des enseignants si le principe reste gratuit ?
    - Enfin, le principe de co-construction des connaissances est un principe très porteur d’autant plus en ligne. Toutefois, comment guider la masse ? Comment assurer un partage de contenu au jour le jour pour un tel nombre et surtout comment valider les apprentissages en bout de course ?


  9. Ce qui me semble poser problème avec les MOOCs, c’est principalement l’écart entre ce qu’ils promettent et ce qu’ils sont réellement dans leurs implémentations actuelles.
    Le principe du MOOC me semble être plus ou moins implicitement l’application du crowdsourcing à l’enseignement: une partie de l’activité est “sous-traitée” aux apprenants.
    Pour ce qui concerne la différence entre x et c:
    - Les xMOOCs reprennent et reproduisent le modèle traditionnel: vidéos + quiz + forums, soit cours ex-catheadra + exercices + questions.
    - Les cMOOCs eux s’inscrivent probablement dans une démarche plus originale, mais du coup nécessitent pour les apprenants d’apprendre à apprendre avec le cMOOC en même temps qu’ils apprennent.


  10. Je suis moi aussi convaincue qu’on ne peut plus “se contenter du maintien du seul cours ex-cathedra”. Basta (comme on dit en Italie)! Les MOOC et les ressources en ligne en général ne sont a priori ni un poison ni un remède, elles ne doivent ni remplacer ni éliminer les cours ex-cathedra mais permettre de diversifier les approches pédagogiques et surtout de trouver un nouvel équilibre entre le présentiel et le virtuel. C’est là le problème: repenser le présentiel en fonction du virtuel et vice versa. Je n’ai pas de recette miracle à proposer, c’est en forgeant qu’on devient forgeron et donc il appartient à chacun de nous qui travaillons sur le terrain de construire et d’expérimenter des formules mixtes qui soient à la fois convaincantes et humainement gratifiantes aussi bien pour l’enseignant que pour l’apprenant.


  11. Les nouvelles technologies et en particulier les MOOC ne sont a priori ni un remède ni un poison. J’enseigne le FLE au Centre linguistique de l’Université de Pérouse (Italie) et mes cours en présentiel par des activités en ligne sur la plateforme Moodle de l’université.


  12. Bonjour Emilie

    Je pense qu’il ne faut pas “avoir peur” des MOOC. Car, en fait, il s’agit de ressources (au sens de l’enseignement) comme il y en a déjà tant … On pourrait dire, d’une certaine façon, qu’Internet ou plutôt le Web est déjà un Massive Open Online Container de ressources. Cet enseignement médiatisé ne garantit pas l’apprentissage pas plus que ce réservoir “d’informations” ne va se muer en connaissances intégrées par l’individu apprenant … nous ?
    Par ailleurs, j’y vois un potentiel ( latent donc) de repenser la formation. Pense-t-on vraiment, que dans la mouvance des approches-programmes-compétences, on va transformer l’intention (rendre les étudiants com-pé-tents) en se contentant du maintien du seul cours ex-cathedra ? Non, n’est-ce pas. Alors sans en faire un exclusive ou une panacée, profitons au mieux de ces savoirs déjà transmis pour redonner au présentiel (le campus), à ce moment de rencontre, son sens d’espace-temps dédié à al construction active et interactive des connaissances … pour dépasser “la matière” et aller vers l’humain. Les technologies en nous libérant nous condamnent à devenir intelligent.
    Marcel


  13. Bonjour,

    Je m’interroge sur les MOOCs. J’ai peur d’un effet de mode. Tout se prête t-il à l’organisation d’un MOOC ? N’importe quel enseignement et sujet ? Je me demande si le fait d’en user et d’en abuser ne va pas à l’inverse de l’effet bénéfique sur l’apprentissage ouvert recherché. Il y a eu un effet de mode sur le mode “barcamp” dans l’organisation des colloques et je pense que ça a été un flop. Voilà juste quelques questions que je me pose sur les MOOCs.

    Merci pour vos échanges et vos articles,

    Emilie