MOOC, les coulisses d’une révolution   

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Quelles perspectives pour les MOOCs dans l’enseignement supérieur ? Les premiers éléments de réponse à cette question ont été  apportés par Matthieu Cisel lors de sa conférence à l’UCL du 5 février 2014.

Sa présentation, véritable dissection de l’anatomie d’un MOOC, a été filmée et vous pouvez la revoir dans son intégralité.

L’article ci-dessous vous propose un résumé des idées clés évoquées lors de cette conférence.

Ne confondez pas MOOC, cours en ligne et vidéos de cours !

Depuis le début des années 2000, plusieurs institutions prestigieuses se sont lancées dans la diffusion de cours filmés comme le MIT OpenCourseWare. Le but poursuivi par ces initiatives était moins pédagogique que promotionnel. Durant cette même période, les institutions universitaires et hautes écoles se sont aussi dotées de plateformes de cours en ligne qui permettent de prolonger les interactions avec les étudiants au-delà des cours en présence.

Le MOOC est un mélange de ces tendances : il s’agit d’un cours complet, ouvert à tous, intégrant des vidéos de cours mais aussi des espaces d’interaction entre participants et une formule d’évaluation en ligne. Les pionniers des premiers cours ouverts ont été surpris par le nombre d’inscrits et le caractère ouvert a été très vite associé au caractère massif pour composer l’acronyme MOOC pour “Massive Open Online Course”.

3 grands acteurs et 3 philosophies …

Chaque institution est libre de mettre en place un MOOC via une plateforme dédiée, gérée en interne, en veillant bien sûr à prévoir une infrastructure adaptée pour faire face au caractère massif du MOOC. Mais beaucoup d’institutions choisissent d’intégrer leur MOOC à une des 3 grandes plateformes de diffusion pour bénéficier d’une promotion directe :

  • Udacity travaille dans une logique de “maison d’édition” : tous les cours sont produits dans leurs studios avec une ligne éditoriale définie par l’entreprise qui vise la réalisation de cours de très bonne qualité (environ 150 cours);
  • Coursera est financé par des investissements qui viennent d’entreprises mais fonctionne plutôt dans une logique de “place du marché” où chaque partenaire est libre dans sa réalisation du MOOC; les cours sont plus nombreux (environ 500) mais la qualité est très variable;
  • edX a séduit beaucoup d’institutions car il s’agit d’un consortium sans vocation commerciale; la qualité est visée mais chaque institution a une certaine liberté quant à la réalisation de ses cours (environ 150 cours dont les cours LouvainX).

Le MOOC en pratique

Un MOOC, c’est un cours ouvert à tous, organisé au travers d’une plateforme en ligne, présenté via une vitrine web et qui s’organise pendant une période définie, de l’ordre de 5 à 10 semaines. La thématique idéale pour un MOOC est généraliste et demande peu de prérequis.

La préparation d’un MOOC demande de l’ordre de 3 à 4 mois et le lancement est précédé d’une phase de béta-test avec une cohorte de participants connus, de manière à éviter le “massive open online crash”, qui pourrait avoir un impact négatif sur l’image de marque de l’institution.

L’équipe de réalisation d’un MOOC réunit un professeur charismatique, un conseiller techno-pédagogique, des assistants branchés et quelques techniciens audio-visuels (qui sont parfois aussi les assistants).

Les participants d’un MOOC : pas seulement des étudiants !

Les participants d’un MOOC sont en majorité des adultes actifs qui souhaitent se former dans un domaine précis. Les étudiants représentent seulement 10 à 20% du public d’un MOOC et la proportion est du même ordre pour les personnes en recherche d’emploi.  Selon les thématiques, les retraités peuvent aussi être plus ou moins représentés.

Les MOOCs francophones rassemblent des participants du monde entier avec une plus grande représentation des pays européens francophones, de l’Amérique du Nord et de l’Afrique Centrale. L’hétérogénéité des profils est donc renforcée par les différences culturelles et les différences de niveau de vie à prendre en compte dans l’organisation des cours (type de pédagogie appliquée, ressources consultables hors connexion, …).

Faut-il s’inquiéter du taux d’abandon élevé ?

L’implication dans les activités du MOOC dépend beaucoup de la motivation de chaque participant au départ. Une bonne partie des participants d’un MOOC sont de simples “curieux” qui ne visent pas à obtenir un certificat de réussite.

Plus précisément, on peut répartir les participants d’un MOOC en 4 catégories :
- les “fantômes” s’inscrivent et ne reviennent jamais, pas même pour consulter les ressources du cours;
- les “décrocheurs” suivent les premières activités du cours puis décrochent rapidement;
- les “auditeurs libres” consultent surtout le cours pour ses ressources mais sont peu impliqués dans les interactions;
- les “participants actifs” qui visent à obtenir la certification.

Un taux d’abandon élevé n’est donc pas un signe d’échec du MOOC. Un MOOC réussi est un MOOC dans lequel la proportion de participants actifs dépasse les 25%.

Comment gérer les interactions ?

Avec plusieurs milliers de participants, les contacts directs avec l’enseignant et la correction de travaux individuels ou même de groupes est inenvisageable. Les plateformes MOOC proposent plusieurs pistes pour stimuler et gérer l’interactivité.

Elles proposent tout d’abord la possibilité de créer des quizz avec correction automatique, comme ceux que nous connaissons dans nos plateformes de cours en ligne.

L’évaluation par les pairs est une autre piste intéressante. Dans une première phase, les étudiants remettent un travail individuel. Dans une seconde phase, ils sont amenés à évaluer plusieurs travaux de leurs pairs. Ces évaluations sont réalisées sur la base d’une grille de critères définis et pondérés par l’enseignant. Dans une dernière phase, les étudiants reçoivent leur cote qui est construite sur la base de la qualité de leur travail et de la qualité de leurs évaluations. Une méthode qu’il est déjà possible d’expérimenter à l’UCL avec le module “Atelier” de Moodle.

Les forums de discussion sont un autre moyen d’animer un MOOC. Avec des milliers d’utilisateurs, il est impossible de lire toutes les discussions, mais les plateformes MOOC intègrent un compteur de popularité pour les discussions qui permet aux enseignants de cibler leurs interventions.

Les réseaux sociaux sont aussi un moyen à exploiter de manière moins formelle. Ils permettent aux participants de s’entraider, voir fixer des moments de rencontre en présence pour discuter du cours. Il ne faut pas négliger de gérer les interventions dans les réseaux sociaux pour éviter les dérives. Les grands groupes d’échanges associés aux MOOCs constituent en effet des cibles faciles pour les spammers.

Dans ces formations complètement à distance, les participants apprécient aussi des contacts directs avec l’enseignant via des conférences virtuelles. Le professeur anime régulièrement des discussions de 30 à 60 minutes avec les participants qui peuvent soit demander à prendre la parole chacun à leur tour, soit interagir via un tchat intégré.

Des projets de traitement automatique de la langue sont aussi en expérimentation. L’idée est de proposer aux enseignants de corriger une centaine de copies et d’automatiser le traitement des copies suivantes sur la base des corrections manuelles réalisées. Des technologies à suivre …

Comment se déroule la certification ?

La certification dans les MOOCs se décline en deux modalités.

Le certificat délivré peut être une simple attestation de participation, produit sur base d’une analyse des traces du participant. On mentionne alors que l’on a aucune certitude quant à l’identité de l’apprenant. La plupart du temps, cette formation donne droit à un “badge” qui peut facilement être intégré à un profil utilisateur sur les réseaux sociaux.  Une option souvent payante mais pour un montant relativement faible.

L’autre option est de passer par un centre d’examen où l’identité de la personne est vérifiée. Cette modalité suppose souvent de plus grands frais puisqu’il y a une correction d’examen.

Au-delà des cours massifs …

La dynamique d’ouverture dépasse le cadre des cours.

Visitez par exemple Novoed, une plateforme ouverte pour la gestion de projet qui permet à des acteurs du monde entier de collaborer à un projet. Un outil à expérimenter dans les cours ?

Le monde de la recherche est aussi affecté avec la tendance vers la Massive Open Online Research. Le site fold.it par exemple propose de résoudre certaines énigmes scientifiques sous forme de jeux.

Quelles perspectives ? Quels dangers ?

Face à ce phénomène planétaire, Matthieu Cisel nous suggère de profiter de ce nouveau modèle d’enseignement avant que le marché ne soit saturé.

Il reste toutefois quelques enjeux à interroger. La question des modèles économiques sous-jacents aux MOOCs sera analysée lors de notre conférence du 17 mars sur le thème  “MOOC : quels modèles économiques ?”

Les enjeux éthiques et culturels seront débattus lors de la conférence du 3 avril “MOOC : Entre humanisme planétaire et néocolonialisme intellectuel”.

Nous organiserons aussi une rencontre avec les premiers professeurs impliqués dans les MOOC LouvainX le 28 avril : “MOOC : Témoignages des pionniers”.

Notre cycle de conférence se conclura le 26 mai avec les “Perspectives pour l’enseignement supérieur”.

N’hésitez pas à nous rejoindre et à prolonger le débat via les commentaires en bas de cet article.

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