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Les cours ex-cathedra, c’est bientôt fini ! De qui se MOOC-t-on ?

14 février 2013

Vous en avez certainement entendu parler. Un Massive Online Open Course (en bref, un MOOC) est un cours en ligne ouvert à une large participation (on parle, pour certains de ces cours, de 100 000 inscrits) et distribué sur le Web. Par exemple, edX, démarré il y a quelques mois à l’initiative du Massachusetts Institute of Technology et de Harvard University, offre de tels cours complets (les vidéos d’enseignement, des parcours pédagogiques…) gratuitement. Ces cours, pour le moment, n’offrent pas de certification : ils sont considérés comme un enrichissement de l’enseignement (intégration dans des cours bien réels ceux-là) et de l’apprentissage. edX se présente d’ailleurs comme une association sans but lucratif. D’autres MOOCs se présentent dans le cadre de consortiums d’universités (triées sur le volet, image de marque et visibilité obligent) comme Coursera (lancé à la mi-2012) avec l’intention de mettre en place un modèle financier pour la validation des acquis des étudiants, devenus ainsi des courserians. A part quelques initiatives et implications (comme l’EPFL de Lausanne dans Coursera), l’Europe voire la francophonie s’interroge sur l’opportunité ou la nécessité d’emboîter le pas aux cousins d’Amérique du Nord (2013, l’année des MOOCs en français ? sur Thot Cursus). En fait, comme chaque fois qu’une nouvelle technologie apparaît (en particulier, dans le champ de l’éducation), ce sont, à la fois, des discours enthousiasmants et des méfiances rédhibitoires qui se manifestent. Déjà “le bon vieux” Socrates manifestait une telle inquiétude par rapport à … l’écriture, considérée comme une menace pour la tradition orale. Est-ce toujours ainsi plus de deux millénaires après ? Pour vous, ces technologies sont-elles un remède ou un poison ?

Les MOOC comme vecteur de transmission du savoir

Image : blog Inside Higher Education, http://www.insidehighered.com/news/2012/06/15/earning-college-credit-moocs-through-prior-learning-assessment

Certains présentent les MOOC comme une ressource parmi d’autres, une hyperbole du livre (le TextBook), du cédérom, de l’eLearning… Le savoir (les connaissances) est partout sur la toile, disponible et accessible. Michel Serres dans “Eduquer au XXIème siècle” nous dit : “Que transmettre ? Le savoir ? Le voilà, partout sur la Toile, disponible, objectivé. Le transmettre à tous ? Désormais, tout le savoir est accessible à tous. Comment le transmettre ? Voilà, c’est fait.” De tels cours qui transmettent le savoir sur la toile internet sont appelés des xMOOC, pour les distinguer des MOOC connectivistes, cMOOC (voir ci-dessous). Dans cet élan, d’autres prophètes vont plus loin et annoncent la fin du “campus” considéré comme un lieu de transmission des savoirs.

Les xMOOC sonnent-ils la fin des cours ex cathedra à l’université ? Dans quelques années, les étudiants belges choisiront-ils de prendre un cours à Harvard, un cours à Stanford, un cours au MIT… plutôt que des cours à l’UCL ?

Les MOOC comme opportunité de repenser l’enseignement universitaire

Les MOOC sont apparus à l’ère du Web 2.0, des réseaux sociaux, des blogs, des flux rss… Les premiers MOOC, les “vrais” selon les puristes, sont fondamentalement connectivistes : chaque apprenant apporte ses savoirs et les construit et les partage avec les autres. C’est le sens des cMOOC, des MOOC davantage inscrits dans le collectif, dans la mutualisation des savoirs et dans le tissu social qui relie ces savoirs et leur donne du sens. Le campus, loin d’être vidé de sa substance, de sa “matière”, pourrait ainsi retrouver du sens, le sens de notre Université inscrite dans la Cité.

Dès lors, certains y voient une occasion, une opportunité de repenser l’éducation. En effet, si on considère que l’enseignement n’est pas synonyme d’apprentissage, que les savoirs transmis n’équivalent pas à des connaissances acquises par les étudiants, que les technologies nous libèrent de ce devoir social de transmission pour mettre en place un véritable accompagnement des étudiants au travers de méthodes plus actives, plus interactives … ces cours en ligne à distance nous invitent à repenser le présentiel, à identifier les valeurs ajoutées de ce dernier dans le cadre de communautés d’apprentissage fertiles en développement de compétences, notamment celles liées au digital age.

Vite dit, mais cette mutation demandera de nombreux efforts car il ne s’agit pas seulement de nouvelles ressources, de nouveaux outils … mais surtout de changements dans nos mentalités, dans nos rapports aux savoirs, dans les rôles que nous, enseignants, serons amenés à endosser. Et vous, êtes-vous prêt à entrer dans ce virage pédagogique ? Ou alors, êtes-vous réservé par ce mirage technologique ?

Alors, les MOOC, menace ou opportunité pour l’université ?

C’est dans cet esprit de questionnement prospectif et d’enthousiasme informé et créatif que nous invitons la Communauté UCL à participer à une présentation de edX le 25 février. Elle sera faite par deux de ses acteurs principaux : le Professeur Anant Agarwal (président edX, MIT) et Johannes Heinlein (directeur edX, Harvard). Une belle occasion de réinventer ensemble l’éducation !

En attendant cet événement, nous attendons avec curiosité vos commentaires ci-dessous. Alors, pour vous, ces MOOC sont-ils une menace, une opportunité, une nécessité pour l’enseignement de demain ? Êtes-vous partants, réservés, enthousiastes, sceptiques … par rapport à cette r-évolution annoncée ? A vos plumes !

Comment garder les pieds sur terre avec ses données “dans les nuages ” ?

3 décembre 2012

Jean-Philippe Moiny était notre invité lors de la formation IPM “Ere numérique : notre culture ? Nos compétences ?” qui s’est déroulée fin 2011. Nous vous proposons un compte-rendu de sa présentation et des échanges qui ont suivi.

Jean-Philippe Moiny étudie les enjeux juridiques liés à l’utilisation de solutions informatiques “cloud” c’est-à-dire impliquant l’enregistrement de données sur des espaces distants. Les réseaux sociaux et les diverses solutions de partage de ressources en ligne sont donc parmi ses objets de recherche.

La protection de la vie privée

Vous entendrez parfois certains “enthousiastes” du numérique prôner la disparition de la vie privée, au nom de l’ouverture et de la transparence. Mais c’est oublier toute l’importance de ce droit et le combat qui a été mené pour le gagner. La protection de la vie privée est un droit fondamental nécessaire à l’exercice des autres droits et libertés comme la liberté d’opinion, la liberté de circulation et de réunion, les libertés politiques, syndicales et de culte. De plus, il est essentiel pour l’équilibre psychologique de chacun de disposer d’un espace privé, d’un jardin secret.

Toutefois, notre juriste nous explique que dans le domaine numérique, le concept juridique de vie privée tend à évoluer au-delà du volet “intimité”. Sur la toile, la protection de la vie privée se traduit par la maîtrise des données personnelles diffusées. Et la notion de “donnée personnelle” est large : adresse mail, téléphone, numéro IP d’identification des ordinateurs, … et en contexte universitaire, ajoutons bien sûr les notes d’examens des étudiants.

Le droit à la vie privée permet à chacun d’autoriser ou non la diffusion de ses données et permet aussi de décider des canaux de diffusion permis. La diffusion de photos ou de vidéos représentant des personnes est, elle aussi, conditionnée par l’autorisation des principaux intéressés. Il est essentiel de le rappeler à tous. Dans une institution d’enseignement, des sanctions disciplinaires, voir des poursuites judiciaires sont envisageable en cas de non respect de cette législation. Les parents ne doivent pas oublier qu’ils sont responsables des agissements de leur progéniture sur la toile.

Plus précisément, la collecte et les manipulations de données personnelles sont autorisées sous trois conditions :
- le droit d’information oblige les personnes qui collectent et traitent des données personnelles à informer les utilisateurs (souvent, via une case à cocher au moment de l’inscription “J’accepte les conditions générales d’utilisation du service.”);
- le droit d’accès aux données permet à chacun de demander à tout moment de consulter ses données personnelles et de demander des corrections;
- le droit à l’oubli autorise tout utilisateur à demander la destruction partielle ou totale des données collectées par un service.

Dans les solutions “cloud”, où les données sont stockées à distance, le pays de collecte et de traitement des données détermine la législation en vigueur en la matière. L’Europe a une législation assez forte en matière de protection de la vie privée, mais c’est moins vrai Outre-Atlantique … Alors prudence quand vous utilisez des services hébergés hors Europe !

A l’UCL, la gestion du mail étudiant a été confiée à Google, mais pas d’inquiétude par rapport à la protection des données : l’UCL reste propriétaire des données et le service bénéficie d’une protection étendue, conforme aux normes européennes.

Le droit d’auteur

En matière de droit d’auteur, ne pensez pas que le Web est un lieu de non droit : tout ce qui n’est pas explicitement autorisé est interdit. Donc, par défaut, tout contenu est protégé ! Mais nous savons tous que les étudiants ont tendance à plagier les contenus Web. L’UCL a mis en place une politique de prévention du plagiat à l’UCL, intégrant l’utilisation d’un logiciel de détection du plagiat.

En tant qu’enseignant, vous pouvez reproduire des contenus protégés par le droit d’auteur sans autorisation à condition de citer vos sources, de diffuser ces contenus via un espace réservé à vos étudiants (via un intranet ou cours en ligne non public par exemple) et à condition de ne pas porter préjudice à l’oeuvre (en évitant par exemple de scanner l’intégralité d’un livre). Attention, cette exception n’est toutefois pas valable si vous organisez des formations rémunérées, notamment en contexte de formation continuée.

Dans le cadre de votre travail, le contrat que vous signez à l’engagement fixe une série de prescriptions en matière de droit de propriété intellectuelle et de respect de la protection de la vie privée. Vous pouvez notamment lire le règlement en matière de propriété intellectuelle à l’UCL applicable à tous les membres du personnel et lire le code d’éthique et de déontologie applicable aux utilisateurs du système d’information de l’UCL.

Comment aborder le virage numérique à l’université ?

11 juin 2012

Pour apporter des éclairages sur ce sujet, nous vous résumons les apports de deux des intervenants à la formation IPM “Ere numérique : notre culture ? Nos compétences ?”  qui s’est déroulée fin 2011.

Jean-Paul Pinte (Université Catholique de Lille)

Jean-Paul Pinte est un spécialiste en culture informationnelle. Il a survolé avec nous les différents outils du web et a proposé une analyse de leurs usages au fil des avancées technologiques.

Les usagers du web ont longtemps joué un rôle de simple visiteur, ayant peu de possibilité d’action. Cet âge est aujourd’hui révolu : les visiteurs sont acteurs car ils peuvent commenter les contenus et même en rédiger. Chacun peut par exemple disposer d’un blog personnel ou représentant un groupe (ou un cours ?) en exploitant un outil comme WordPress (infos sur l’hébergement WordPress UCL). Au travers de divers outils de partage communautaires, des productions peuvent être diffusées largement, commentées et discutées par les visiteurs. Vous pouvez par exemple utiliser Slideshare pour partager vos diaporamas de présentation et utiliser Flickr pour partager vos photos.

Une des nouvelles compétences de l’ère numérique est de pouvoir épingler, trier les ressources web de manière efficace. Les blogs ont l’avantage de traiter de thématiques ciblées et il est possible de s’abonner aux nouvelles d’un blog en utilisant les flux RSS. Certains outils peuvent aussi vous aider à trier vos ressources, notamment grâce aux mots-clés associés qui sont exploités par les outils de recherche. Par exemple, vous pouvez “tagger” vos ressources web avec des mot-clés en utilisant Diigo et rechercher des ressources à l’aide des tags définis par les autres utilisateurs de Diigo.  Ce sont les prémisses du web sémantique qui nous promet un web “intelligent” pour demain.

Au travers des communautés et des réseaux sociaux, les usagers du web deviennent aussi des acteurs de la diffusion de l’information. Sachez que deux êtres humains sont au plus à 7 relations de distance l’un de l’autre dans un réseau social. Le partage d’informations via ces canaux est donc associé à un effet “boule de neige” exponentiel. C’est la raison pour laquelle les démarches de communication ne peuvent aujourd’hui passer à côté de ces réseaux.

Le travail d’enseignant-chercheur revêt une fonction de communication qui pourrait bien s’articuler avec ces nouvelles technologies. La veille communicationnelle pourrait bien être renforcée par l’usage de ces outils. D’un point de vue pédagogique, la participation des étudiants à une communauté scientifique virtuelle pourrait aussi aider leur démarche réflexive et la construction de leur identité propre, en rejoignant la démarche d’e-portefolio.

Damien Van Achter (OWNI.fr)

Damien Van Achter est un jeune journaliste branché qui a créer sa société (lab.davanac) pour expérimenter diverses formes de journalisme en ligne, comme il le fait d’ailleurs depuis 2005 sur son blog.

Depuis peu, il est aussi professeur de journalisme à l’IHECS à Bruxelles. Il a mis en place les MasterClass, 4 journées de formation intensive pour apprendre à exploiter les outils sociaux pour le journalisme.

Sa présentation fait écho a plusieurs idées évoquées par Serge Tisseron
- l’enseignant est plutôt en posture de coach (ou de chef scout ?) et aborde les étudiants de manière horizontale;
- les étudiants sont mis en situation active, confrontés à un problème concret;
- l’enseignant doit définir clairement l’espace de travail et sécuriser les démarches;
- les échanges entre pairs sont très riches : ils aident à résoudre les problèmes, à prendre des décisions réfléchies.

Il nous donne aussi quelques conseils pour devenir de véritables acteurs de veille communicationnelle, tant dans notre fonction d’enseignant que dans notre fonction de chercheur :
- tout individu doit aujourd’hui apprendre à gérer sa vie publique sur le web et cela suppose de bien gérer ses différentes identités (privée/professionnelle notamment);
- chacun peut devenir média car les outils de communication sont aujourd’hui accessibles à tous;
- le succès d’un média repose sur la construction d’une communauté de confiance, sur la diffusion de contenus de qualité;
- à ceux qui craignent les critiques, il recommande d’oser se lancer car la communication est devenue un processus de critique et de régulation permanentes : au travers des échanges avec les lecteurs, notre vision évolue et peut conduire à la révision d’un texte ou à l’ajout d’un paragraphe.

Concrètement, vous pouvez par exemple vous lancer dans la veille communicationnelle et exploiter les flux RSS (intégrés à votre client mail ou à votre navigateur) pour alimenter un fil Twitter. Il est même possible d’intégrer un fil Twitter au portail UCL.
Et pour les étudiants qui préparent un travail ou un mémoire, vous pouvez aussi dynamiser la récolte de références bibliographiques sur un sujet en leur demandant d’exploiter un fil twitter ou, de manière collaborative, en leur proposant de tweetter ces ressources avec un hashtag donné.

Si vous avez envie de devenir acteur du web, vous pouvez commencer par laisser un commentaire en bas d’article ;-) N’hésitez pas à utiliser un pseudo si vous souhaitez rester anonyme.

Analyser les apports des TIC dans vos cours ? Faites le test !

17 février 2012

Vous utilisez iCampus ou Moodle pour stimuler l’activité des étudiants en dehors de l’auditoire (travaux individuels ou de groupe, ressources à consulter…), vous mettez en œuvre un dispositif hybride ! peut-être sans le savoir… :-)

Le groupe de recherche Hy-Sup vous propose d’analyser l’un (ou plusieurs) de vos cours à l’aide de son outil d’auto-positionnement. Pensez à l’un de vos cours (hybrides) et répondez à 14 questions visant à le décrire. Vous découvrirez de quel type votre cours se rapproche le plus !

Des dispositifs hybrides : nouvelle perspective pour la pédagogie de l’enseignement supérieur ?

Depuis un bon nombre d’années maintenant, les enseignants du supérieur ont à leur disposition des environnements numériques pour soutenir et enrichir l’apprentissage des étudiants. iCampus ou Moodle à l’UCL, Claroline, WebCT, Blackboard ailleurs, les plateformes d’apprentissage en ligne ne manquent pas.

  • Comment les enseignants s’approprient-ils ces plateformes ?
  • Pour quelles activités d’apprentissages ?
  • Quelle articulation de la présence et de la distance ?
  • Qu’est-ce que cela change, au fond, pour les étudiants ? Apprennent-ils “mieux” ? Sont-ils mieux formés ?
  • Et les enseignants qui utilisent ces plateformes, en tirent-ils des bénéfices ?

Une recherche européenne

Ce sont ces questions qui ont initié la recherche Hy-Sup - dispositifs hybrides en enseignement supérieur. Les dispositifs hybrides sont les cours/formations qui articulent, à des degrés divers, des activités d’apprentissage en présence (en salle de cours) et à distance, soutenues par ces environnements numériques.

L’UCL, par l’intermédiaire de l’IPM, est l’une des 6 universités partenaires de ce projet. Entre novembre 2009 et mars 2012, nous nous sommes attelés à décrire les dispositifs hybrides mis en œuvre dans différentes universités et à en analyser les effets.

Au travers de 3 enquêtes en ligne et d’entretiens semi dirigés, 353 enseignants et 456 étudiants se sont ainsi exprimés.

Les premiers résultats

Les données sont encore en cours d’analyse, mais les premiers résultats stimulent déjà la réflexion sur les pratiques d’enseignement. Ainsi, nous avons mis en évidence 6 types de dispositifs hybrides. Ceux-ci se distinguent notamment par

  1. le degré de scénarisation de l’activité des étudiants en dehors des salles de cours (activité organisée par des consignes, des productions, des délais… ou non),
  2. le degré d’utilisation de l’environnement numérique (usages limités ou riches),
  3. la nature des activités proposées et des apprentissages espérés (plutôt transmission de contenu ou plutôt construction de connaissances),
  4. l’accompagnement (ou non) des étudiants dans leur processus d’apprentissage et les formes de celui-ci,
  5. le degré d’ouverture du dispositif sur l’extérieur du monde académique (vie quotidienne et professionnelle).

Nous observons que ces types entrainent des effets croissants sur la motivation des étudiants, le développement de leurs compétences, leur implication active dans les apprentissages… Plus l’environnement numérique est utilisé de manière multiple (variété des outils), interactive, participative, ouverte… plus les effets positifs se font sentir.

Par ailleurs, les enseignants qui se sont lancés dans ce type d’usage des technologies déclarent en large majorité en percevoir des effets positifs sur leur sentiment d’auto-efficacité, sur leur réflexivité ou sur leur propre motivation.

> En savoir plus ? Découvrez ces types sur le site d’Hy-Sup ou lisez la première publication du collectif Hy-Sup (Distance et Savoirs, 2011, 9(1)).
> Découvrir d’autres dispositifs par le témoignage d’enseignants ? Regardez nos vidéos sur YouTube

Analysez l’un de vos cours !

> Outil d’auto-positionnement d’un dispositif hybride

  • Surpris par le résultat du test ? Interpellé ?
  • Envie de décrire vous aussi votre dispositif hybride ?
  • Pratiquer un dispositif hybride a-t-il modifié votre métier d’enseignant ?
  • Avez-vous observé des effets de ces dispositifs sur vos étudiants ?

Nous sommes curieux de connaître vos réactions ! (ci-dessous)

Education et formation : les écrans à l’ère numérique

22 décembre 2011

Serge Tisseron est un psychanalyste reconnu pour ses études sur l’impact des images et des nouvelles technologies sur les jeunes. Ce 6 décembre, nous l’avons reçu par visioconférence dans le cadre de la formation « Ere numérique : notre culture ? Nos compétences ? ». Il nous apporte un regard extérieur sur la « révolution numérique » et ses implications pour le monde éducatif.

Le système éducatif est confronté à une révolution : le passage d’une culture du livre à une culture des écrans.  Les livres se parcourent de manière linéaire, successivement, et sous-tendent une logique d’apprentissage hypothético-déductive. Tandis que les écrans peuvent se consulter simultanément et renforcent l’apprentissage par essai-erreur.

Serge Tisseron prend, par rapport à ce changement, une posture externe et nous demande d’abord de comprendre que cette nouvelle culture n’est ni meilleure ni pire que celle du livre : tout y est affaire d’usage, entre création de liens et fuite du réel.

Les bouleversements causés par la culture des écrans …

1. La relation à soi même : les identités multiples

Aujourd’hui, les enfants sont très vite familiarisés avec l’idée d’avoir plusieurs identités car ils sont confrontés à différentes images d’eux-même : celles du miroir et celles que leur renvoient les photographies et films réalisés par leurs parents.
Sur le web, les jeunes jouent donc très naturellement avec plusieurs pseudos et avatars sans qu’aucune identité ne soit perçue comme plus authentique qu’une autre.

Dans nos cours, les étudiants apprécieront donc les jeux de rôles et les débats qui les amènent à se prononcer et à croiser des points de vue différents sur un thème donné.

2. La relation aux autres : valoriser à la fois les expériences intimes et l’appartenance à un groupe

Dans la construction de leur identité, les adolescents oscillent entre le besoin de se différencier et le besoin de faire partie d’un groupe. Cela explique d’une part leur désir « d’extimité », c’est à dire de partager des fragments de leur intimité en espérant qu’ils seront valorisés par les autres ; et d’autre part, leur désir de grégarité qui s’exprime plus dans une logique d’intérêt que dans une logique de relation de proximité.

Pour le monde éducatif, cette nouvelle vision de la relation aux autres engendre un grand changement : les jeunes sont plus disposés à apprendre par les pairs. Ils attendent de l’enseignant qu’il joue un rôle de coach en fixant les objectifs d’apprentissage et de réalisation. Nos enseignements doivent donc alterner travaux personnels et en groupes en stimulant les échanges entre pairs.

3. La relation aux images : spectateur et producteur

L’image prend une toute autre signification à l’ère numérique : tout le monde devient producteur d’images et chaque image est une construction, ni vraie, ni fausse de la réalité.

En valorisant les productions étudiantes, nous pouvons les amener à construire leurs propres représentations du réel.

4. La relation à la connaissance : une relation intime aux machines

Le modèle de connaissance privilégié par les ordinateurs est intuitif et instructif. Il s’oppose au modèle scolaire de connaissance qui est hypothético-déductif. Il consiste à tâtonner et à rectifier au fur et à mesure : l’erreur fait partie du processus d’apprentissage. Il ne s’agit dès lors pas tant de comprendre pour agir que d’agir pour comprendre.

C’est en utilisant les technologies possédées par les étudiants que nous pouvons stimuler leur relation intime avec les machines.

Les atouts de la culture des écrans …

1. Un espace qui s’adapte à chaque étudiant

Exploiter les technologies pour enseigner permet d’individualiser le parcours d’apprentissage :  l’enseignant peut proposer des activités de difficulté adaptée, réalisées au rythme de chacun et jouer le rôle de tuteur qui répond à la demande des étudiants. Dans le processus, il est essentiel que l’erreur ne soit pas pénalisée mais considérée comme une étape normale de l’apprentissage.

2. Un espace qui favorise la motivation intrinsèque

L’espace d’apprentissage virtuel est d’abord source de motivation car il sécurise l’étudiant : il lui permet de visualiser son parcours d’apprentissage, sa progression dans ce parcours et d’échanger avec ses pairs sur ses difficultés et ses succès.
La motivation repose aussi sur la faculté de pouvoir se construire un parcours d’apprentissage personnel: l’étudiant doit pouvoir faire des choix dans ses ressources d’apprentissage et dans l’orientation de son parcours.

Comment favoriser les bonnes pratiques et éviter à nos étudiants de tomber dans l’usage compulsif et dissocié des technologies ?

Certains repères théoriques doivent idéalement se construire dès le plus jeune âge :

  1. démonter le modèle économique et les démarches marketing mises en place par les « marchands » de technologies ;
  2. expliciter le fonctionnement du cerveau face aux écrans (désir d’obtenir une réponse rapide, zapping, …) ;
  3. mettre en garde face aux 3 dangers d’internet:
    toute publication peut tomber dans le domaine public, y restera éternellement et les contenus web sont sujets à caution ;
  4. faire prendre conscience du droit à l’intimité et du droit à l’image ;
  5. mettre en garde quand aux dangers des jeux vidéos (en passant par des associations de joueurs).

Conclusion

L’enseignement à l’ère numérique doit favoriser à la fois l’apprentissage et le recul par rapport aux apprentissages. Les enseignants doivent jouer un rôle d’accompagnateur dans ce processus qui est essentiel pour que la révolution numérique se déroule sans heurts.

Aller plus loin …

Télécharger le diaporama de présentation complet de Serge Tisseron
Un livre de Serve Tisseron pour poursuivre la réflexion : “Virtuel, mon amour” aux Editions Albin Michel
Le blog de Serge Tisseron

L’université de demain sera-t-elle numérique ?

1 décembre 2011

La révolution numérique est en marche : la musique, les photos, les vidéos et de plus en plus de ressources papier (factures, dossiers médicaux, …) passent au format numérique.

Quelles implications pour l’enseignement à l’université ?

L’avènement des technologies cloud amorce une révolution dans nos manières de gérer les ressources. Puisqu’il est aujourd’hui possible d’enregistrer des données dans un espace web abstrait accessible de partout (le nuage) et puisque des moteurs de recherche nous permettent de retrouver une ressource sur base de quelques mots-clés, nous devrions bientôt être dotés d’une e-mémoire infaillible !

C’est la thèse défendue par les auteurs du livre “Total Recall” [1]. Depuis 1995, ces ingénieurs en informatique travaillent à faire disparaître le papier de leur vie en exploitant les nouvelles technologies. Selon eux, l’enjeu essentiel du monde éducatif de demain ne serait plus de transmettre des connaissances, mais de transmettre une architecture virtuelle, une carte mentale pour mieux appréhender la masse de connaissances numériques disponibles aujourd’hui.

L’évolution technologique aura aussi un impact sur nos manières d’apprendre.

jannoon028 / FreeDigitalPhotos.net

jannoon028 / FreeDigitalPhotos.net

Selon plusieurs auteurs ([2] et [3]), d’ici moins de 25 ans, le principal lieu d’apprentissage ne sera plus l’école et l’université au sens où nous l’entendons aujourd’hui. Les cours seront organisés au moins de manière hybride (en présence et en ligne), voire complètement à distance. L’enseignant n’agira plus en posture d’expert, mais bien comme un coach. Sa mission principale ne sera plus de transmettre des connaissances mais bien d’apprendre à apprendre :

  • - apprendre aux étudiants à trouver les ressources nécessaires pour leur apprentissage,
  • - leur donner des moyens de s’approprier les connaissances et d’évaluer leurs acquis.

La motivation de ces apprenants isolés sera maintenue par l’adhésion à un réseau virtuel de personnes partageant les mêmes centres d’intérêt, interagissant dans une logique de partage quels que soient leur âge ou leur expérience.

Ce processus se poursuivra tout au long de la vie, au fil des expériences professionnelles et en fonction des besoins individuels.

Tout cela, dans moins de 25 ans… Qu’en pensez-vous ?

[1] “Total Recall” de Gordon Bell et Jim Gemmel (Flammarion)
[2] “Rethinking Education in the Age of Technology: The Digital Revolution and Schooling in America” de Allan Collins et Richard Halverson (Technology, Education-Connections, the Tec Series)
[3]  “The next 25 years ? : future scenarios and future directions for education and technology” K.Facer et R.Standford paru dans le Journal of Computer Assisted Learning (2010), volume 26, p74-93